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Le transit des migrants au Maroc est un terrain fécond pour l’ethnographie des migrants sub-sahariens vers l’Europe. En premier lieu, la multiplicité des origines nationales et ethniques c’est le cas par exemple des Yoruba et des Igbo du Nigéria. On s’aperçoit qu’en dépit de la communauté du lieu de transit, de l’époque et du but recherché (le passage en UE), les migrants s’organisent et se regroupent selon les nationalités ou ethnies, lesquelles présentent des différences significatives. Par exemple, certains groupes nationaux sont organisés en réseaux clandestins internationaux (comme les Nigérians), et prennent en charge le migrant du point de départ jusqu’à l’arrivée, alors que d’autres, comme les Congolais, voyagent individuellement sans l’appui d’une quelconque organisation. Il est de même intéressant de constater que quelques groupes nationaux de migrants déclarent craindre l’eau et refusent de traverser le détroit de Gibraltar sur des embarcations clandestines. Les différents groupes de migrants ainsi organisés présentent chacun sa spécificité dans les choix de telle ou telle stratégie, et le travail d’ethnographie vise en premier lieu à les interpréter. En second lieu, le transit prolongé au Maroc est un terrain fertile pour l’ethnographe dans la mesure où l’on peut observer la formation de communautés de migrants en transit sur des durées relativement longues (de quelques mois à quelques années). Cette situation d’attente, de durée indéfinie, dans laquelle se trouvent les migrants les conduit parfois à s’interroger sur leur propres trajectoires. En dernier lieu, le passage des Sub-Sahariens est aussi vécu par certains comme un moment fort dans la mesure où il se produit dans un contexte qui les surprend : la société arabo-islamique moderne d’Afrique du Nord diffère considérablement des sociétés d’Afrique noire qu’ils ont pu connaître. Pour nombre d’entre eux, la rencontre avec le racisme envers les Noirs dans un pays qui n’a aboli le commerce des esclaves que depuis près d’un demi-siècle est aussi une expérience forte qui renforce chez certains le sentiment d’exil.

La recherche des « bons » papiers

A défaut d’être réellement inscrits dans des formations supérieures, les migrants peuvent aussi recourir à des faussaires qui leur fournissent des faux documents permettant de demander un visa. Pour les mieux nantis, quelques mois de recherches suffiront pour se procurer l’ensemble de ces documents nécessaires à la poursuite du voyage. Faute d’avoir au moment opportun les moyens financiers suffisants à l’obtention des documents, le transit au Maroc peut durer plusieurs années pour les autres. Sans pouvoir entrer ici dans le détail, il faut toutefois mentionner le fait qu’un document, comme une attestation d’inscription scolaire, a une validité limitée dans le temps. Si le candidat à l’immigration ne parvient pas à réunir tous les documents nécessaires en temps voulu (période précédant les vacances scolaires), il lui faudra renouveler sa démarche ultérieurement en faisant faire de nouveaux papiers. En conséquence, que le migrant poursuive de réelles études ou qu’il se procure de faux papiers, qui eux aussi ont une date de péremption, le transit au Maroc est très long : de quelques mois au minimum à quelques années, dans des conditions de relative précarité.

Si la mise en œuvre de la stratégie estudiantine rend la régularisation du séjour au Maroc indispensable, elle ne l’est évidemment pas pour ceux qui prennent les bateaux clandestins et qui arrivent en Espagne sans papiers. Depuis le milieu de l’année 2001, les demandes de régularisation du séjour sont devenues difficiles pour les Sub-Sahariens, ce qui expliquerait en partie la diminution des effectifs de migrants congolais, et le fait que quelques-uns (quatre cas signalés) ont maintenant recours au passage maritime clandestin. Bien que, dans ces moments difficiles, certains migrants se risquent à envisager la solution du passage maritime clandestin, le manque d’argent les en empêche. Le passage maritime, qui pouvait être envisagé comme la dernière solution, reste cependant hors de portée du migrant. En définitive, la stratégie des faux papiers revient aussi cher que celle de la traversée du détroit étant donné qu’au coût du séjour prolongé au Maroc vient s’ajouter celui dû aux frais engagés pour l’acquisition des documents. Un simple calcul permet de comparer l’effort de financement des deux stratégies migratoires que nous retrouvons au Maroc : pour les Congolais 75 € 36 mois de séjour (depuis le départ du Congo) + 600 € de transports + 450 € de faux documents = 3750 €, et un déficit de trois années de travail ; un immigrant nigérian passant par une filière organisée ne perd pas plus de 6 mois de travail, en payant un peu plus au départ. En deux années et demie d’activité rémunérée en UE, il pourra rembourser presque la totalité de la somme investie. Schématiquement on peut dire que, partis en même temps, l’immigrant nigérian a fini de rembourser sa dette lorsque le Congolais arrive. Ce calcul occulte cependant une différence majeure entre ces deux migrations : les Congolais sont financés par leurs proches installés en Europe, envers lesquels ils n’ont qu’une dette morale. L’aide au migrant est un devoir familial qui n’engage en effet jamais ce dernier à un quelconque remboursement d’une dette. Une fois arrivé, le migrant rendra service en temps voulu, et perpétuera ainsi le devoir familial de solidarité.

Le rêve fragile des aventuriers

Dans quel état d’esprit les migrants vivent-ils leur attente du passage en Europe, quelques années après être partis de chez eux? Les récits de vie et les entretiens avec les migrants congolais indiquent clairement qu’aucun d’entre eux n’avait pu prévoir que son voyage durerait des années. Leur plan de migration n’était pas construit au départ, mais élaboré en cours de route, selon une méthode heuristique de voyage à étapes, chaque étape révélant progressivement la suivante. Mus par une grande curiosité, et encouragés par la perspective et le désir de la « réalisation de soi », ils ont dû apprendre, souvent seuls, à faire des choix importants au gré des circonstances, tout en gardant pour nombre d’entre eux, l’enthousiasme des aventuriers. Obligés de faire l’expérience de la solidarité pour survivre, ces migrants ont sans aucun doute appris à mesurer la force (et les limites) des relations familiales et d’amitié. Plus que de simples candidats à l’immigration, ces individus se considèrent légitimement comme de grands et audacieux « aventuriers ».

En définitive, la politique de fermeture des frontières de l’Union européenne est donc bien une trappe pour ces migrants qui finissent pour la plupart à réussir leur entrée.

 

MIDAS @tigossouelom

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