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L’effondrement de la « Jamahiriya » en 2011, a été un événement important dont les retombées dépassaient les seules frontières libyennes. La dimension incontestablement interne des revendications de la population libyenne, n’en a pas empêché l’internationalisation. Ainsi, des facteurs externes sont venus s’ajouter à des considérations internes, le tout retardant l’aboutissement de la transition démocratique en Libye.  L’interventionnisme international excessif dans les affaires du pays, a-t-il contribué à l’enterrement du rêve démocratique libyen ?

L’Occident s’est toujours montré désireux d’assurer une présence sinon militaire, du moins économique en Libye. Depuis 1959, ce sont les hydrocarbures libyens qui font du pays un point stratégique important. Le Colonel Gaddafi entretenait des relations ambigües avec l’Occident. Il a réussi, par divers moyens, à s’octroyer une reconnaissance externe, et à assurer sa propre domination politique interne.

Suite aux premières manifestations populaires revendiquant la chute de Gaddafi, l’Occident y a vu une occasion en or pour se débarrasser de l’un de ses ennemis traditionnels. Bien sûr, les vraies raisons de l’intérêt occidental pour la Libye ont merveilleusement été cachées derrière un discours politique officiel romantique, favorable au changement, et à l’accès du peuple libyen à ses droits politiques. Si l’Occident était tellement épris par la démocratisation des pays arabes, on ne l’a pas vu envoyer ses troupes au Bahreïn, pour ne citer que celui-ci, qui a connu un soulèvement populaire signifiant. Riche en hydrocarbures et proche de l’Europe, la Libye a tout pour ne pas laisser l’Occident indifférent. C’est donc pour s’accaparer le marché libyen de l’énergie que l’Occident a tout fait pour faciliter la chute de Gaddafi.

En vue de précipiter la chute du dictateur libyen, l’Occident a aussi instrumentalisé l’ONU afin de réaliser les objectifs qui sont les siens. En effet, une lecture stricte de l’article 2-7 de la Charte de l’ONU conduirait à constater qu’aucune ingérence dans les affaires internes d’un Etat souverain n’est en aucun cas admise. En pratique, l’ONU a souvent été utilisée par les superpuissances mondiales afin de légitimer leurs opérations d’ingérence militaire dans nombre de pays non-développés. Ainsi, bien qu’elle n’autorise pas expressément des frappes aériennes, la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU a, pourtant, permis d’effectuer des opérations militaires en Libye, sous prétexte de protéger la population libyenne contre les atrocités du régime Kadhafi. La Communauté internationale a, une fois de plus, fait preuve d’incohérence.

De plus, il ne faut pas omettre de souligner le rôle néfaste joué par certains pays du Golfe au lendemain des événements de 2010-2011. Le Qatar a, pour sa part, clairement soutenu le mouvement des « Frères Musulmans », non seulement en Tunisie et en Egypte, mais encore en Libye. A travers la chaine Al-Jazeera, Doha a fortement appuyé, sur le plan médiatique, les Frères Musulmans, en assurant, de façon permanente, leur victimisation. Au nom d’une prétendue « démocratie islamisée », le Qatar a fourni aide financière et militaire aux islamistes. De leur côté, les Emirats Arabes Unis ont « coopté» le clan adversaire, c’est-à-dire les « laïcs ». Cette double-ingérence a créé une forte bipolarisation au sein même du peuple libyen, provoquant une vraie discorde.

On note aisément que la Libye est devenue le théâtre d’une guerre froide sous-jacente. Les Américains, les Européens, les Russes sont tous présents en Libye. L’imbrication des intérêts étrangers dans le pays est d’une complexité telle qu’elle rend difficile de parler d’une souveraineté nationale libyenne. Quand deux clans se disputent mesquinement le pouvoir, et que chacun d’eux est téléguidé depuis l’étranger, il devient difficile de trouver une sortie du bourbier dans lequel sont englués les libyens.

La responsabilité de l’ingérence étrangère ne se limite pas à l’avant-guerre contre Gaddafi, mais se prolonge surtout après sa  liquidation. Avec l’absence d’un programme d’accompagnement à la transition démocratique, on note aisément que l’Occident a abandonné la Libye juste après la chute de Gaddafi, ce qui porte à croire que le but était celui de se débarrasser d’un ennemi politique. Or, c’est surtout à partir de la chute de l’ancien régime que la Libye avait le plus besoin de soutien à la fois économique et politique. La Libye a particulièrement besoin d’aide financière sous forme d’investissements, et ce pour permettre la réussite de la transition démocratique. Car la démocratie n’est qu’un leurre en l’absence totale de soutien économique.

Depuis la détérioration de la situation sécuritaire dans le pays, et notamment depuis l’assassinat de l’ambassadeur des Etats-Unis le 11 septembre 2012 à Benghazi, l’Occident a décidé une mainlevée militaire sur la Libye en fermant ambassades et consulats. En l’absence de forces armées nationales aptes à sécuriser le pays, le départ des occidentaux a créé un vide que les Jihadistes ont su combler. La Libye est désormais une usine de terrorisme qui produit les combattants les plus dangereux, en les préparant au Jihad en Tunisie, en Syrie, etc.

Sous prétexte de l’instabilité sécuritaire dans le pays, les promesses d’aide financière n’ont pas été exécutées. Après avoir contribué au chaos libyen, l’Occident s’obstine à refuser de s’engager à y mettre fin. En janvier 2016, le Haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères a promis 100 millions d’euros au gouvernement d’union. En pratique, rien de ces promesses n’a été honoré. En effet, parler de construction démocratique à l’heure actuelle en Libye relève de l’utopie. Le climat de violence qui règne aujourd’hui dans le pays, empêche toute marche en avant. Il est besoin, avant tout, d’un compromis national assurant un minimum de sécurité. Pour ce faire, toutes les forces étrangères impliquées doivent cesser d’exercer leur influence sur leurs alliés internes.

Nonobstant les risques, les pays voisins doivent intensifier leurs efforts en vue d’aider les protagonistes libyens à se réconcilier. Mais une telle réconciliation ne saurait être constructive que si elle se fondait sur un pacte conciliant les différentes visions de la Libye de demain. Une telle réconciliation n’est envisageable que si la communauté internationale œuvre de manière désintéressée à l’implémentation d’une solution endogène émanant des différentes parties prenantes et non pas à préserver uniquement ses intérêts géostratégiques.

Amir Mastouri, Etudiant en Droit à l’Université Toulouse 1 Capitole.

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