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De nombreux internautes kenyans craignent que le gouvernement coupe Internet pendant les élections générales d'août prochain. L'Autorité chargée des communications au Kenya a tenté de rassurer les électeurs que cela est peu probable. Cependant, les craintes que la liberté d’utiliser internet, risque d’être bafouée, ne sont pas infondées.

La liste des pays africains qui ont bloqué l'accès aux médias sociaux pendant les élections et d'autres périodes politiquement sensibles est en constante augmentation. Ainsi, au cours de la dernière année, on compte: Le Cameroun, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Gabon, la Gambie, la République du Congo et l'Ouganda. Des pays comme l'Ethiopie, Madagascar et la Tanzanie ont introduit même une législation sur la cybercriminalité qui menace la liberté d'expression. Ailleurs, les utilisateurs des médias sociaux, y compris les journalistes, ont été poursuivis en vertu de la législation existante pour le contenu qu'ils ont partagé en ligne.

De telles actions sont souvent justifiées en termes de préservation de la paix et de la sécurité, car les médias sociaux offrent une plate-forme potentielle pour la diffusion de discours haineux et l'incitation à la violence. Cela est particulièrement problématique dans les contextes où les candidats politiques s'appuient sur des différences ethniques ou religieuses pour mobiliser le soutien. Le rôle joué par les messages incendiaires dans la violence autour des élections du Kenya en 2007, par exemple, est souvent évoqué comme un rappel des dangers potentiels de la communication de masse non réglementée.

Au Sud-Soudan, le conflit en cours a été alimenté par des rumeurs et des discours de haine en ligne. Certains ont même accusé de fausses informations diffusées sur Facebook d’être à la base de la mort de 150 personnes. Dans certaines parties de l'Afrique, les médias sociaux constituent un outil permettant aux groupes terroristes de recruter et de communiquer avec leurs partisans. Le gouvernement affirme que les médias sociaux sont dangereux et ne doivent donc pas être laissés totalement libres. Les nouvelles formes de communication intensifient la concurrence politique en Afrique comme ailleurs. Cela a des implications inquiétantes pour les régimes qui espèrent s'accrocher au pouvoir.

Source d'informations alternatives

Les médias sociaux offrent de nouvelles façons de partager rapidement l'information avec un grand nombre de personnes. Dans le passé, une blague qui se moquait d'un leader politique aurait pu être partagée avec quelques amis. Aujourd'hui, elle pourrait atteindre des milliers. Les blogs et les plateformes, tels que WhatsApp, sont devenus des sources majeures de diffusion d’informations pour de nombreux internautes. Ils rapportent parfois ce qui est signalé dans les médias « traditionnels ».

A part les blagues, les violations par le gouvernement des procédures électorales ou d'autres violations des droits de l'homme peuvent être signalées en ligne. Ce faisant, les médias sociaux ont joué un rôle dans l'autonomisation de la société civile et a aidé les mouvements d'opposition à s'organiser dans certains des pays les plus autoritaires d'Afrique.

Internet donne également aux problèmes politiques localisés une audience mondiale. Ce fut le cas lors de manifestations récentes en Éthiopie, lorsque les adversaires du régime au sein de la diaspora ont pu s'engager dans les médias sociaux. Cependant, une communication en ligne accrue offre également de nouvelles opportunités pour la surveillance et la censure du gouvernement. Les coupures d'internet et les poursuites pour « cybercriminalité » visant les critiques des leaders sont des outils permettant de verrouiller l'espace politique. Dans des pays comme la Tanzanie, les restrictions aux débats en ligne ont été accompagnées de mesures complémentaires hors ligne. Il s'agit notamment de l'interdiction des rassemblements politiques et des poursuites contre les députés de l'opposition pour la sédition.

Debout contre l'Etat

Face à la censure du gouvernement, les citoyens ont tenté de résister aux restrictions de leur liberté d'utiliser internet. Par exemple, en 2016, de nombreux Ougandais ont déjoué les tentatives de blocage des réseaux sociaux en utilisant des réseaux privés virtuels (VPN) pour se connecter. Les opérateurs de réseaux mobiles peuvent se demander s’ils peuvent faire plus pour résister aux gouvernements à l'avenir.

La contestation de la législation restrictive devant les tribunaux peut également s'avérer payante. Au Kenya, par exemple, une disposition légale relative à l'utilisation «inappropriée» d'un dispositif de télécommunications a été déclarée inconstitutionnelle. Cependant, dans la Tanzanie voisine, une tentative de contester la loi sur la cybercriminalité a été rejetée.

Ces problèmes ne touchent pas que les pays africains. Entre juin 2015 et juillet 2016, il y a eu 81 interruptions courtes de l'accès internet dans 19 pays. Ils comprenaient l'Inde, la Turquie et le Vietnam. À l'échelle mondiale, la croissance des médias sociaux a stimulé le débat sur la frontière entre la protection de la liberté d'expression et la transmission de la haine et de l'extrémisme.

La campagne présidentielle de l'année dernière aux États-Unis a généré des inquiétudes au sujet du rôle des médias sociaux dans la diffusion de « fausses nouvelles » avec des conséquences politiques importantes. Ces débats sont urgents à mener.

En 2017, des élections se déroulent dans de nombreux pays qui ont des histoires récentes de violence électorale. Des candidats politiques n’ont d’autres arguments que de surfer sur les divisions ethniques et régionales. Il est donc nécessaire de s'assurer que les réseaux sociaux ne soient pas utilisés pour inciter à la violence ou répandre des rumeurs dangereuses. La question demeure cependant de savoir comment éviter que les gouvernements ne profitent de cette période sensible de restreindre abusivement les droits et libertés des citoyens.

Charlotte Cross, spécialiste en développement international,

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